Rat musqué, parc de Miribel Jonage ©Jean-Marie Nicolas

Présentation et description

Rat musqué, Brenne, 2009 © TISSIER Dominique

Le rat musqué, aussi appelé rat d’Amérique, est un rongeur aquatique de taille moyenne (maximum 2,4 kg). Il peut mesurer jusqu’à 62 cm (dont 30 cm de queue). Il est d’un brun assez foncé, la queue est longue et aplatie latéralement. Il peut être confondu quand il nage avec les autres rongeurs aquatiques comme un jeune ragondin (Myocastor coypus) et avec le campagnol amphibie (Arvicola sapidus), voire même un castor (Castor fiber) dont seule la tête émergerait. Dans l’eau, le corps du rat musqué émerge totalement et la queue fait un mouvement sinueux. L’espèce est principalement crépusculaire et nocturne mais elle peut être vue en journée sur les sites où elle est bien implantée.

Le rat musqué appartient à l’ordre des rongeurs (Rodentia), à la famille des Microtidae, genre Ondatra (Le BOULENGE, 1972). Seize sous-espèces ont été décrites, (ERRINGTON, 1951 in Le BOULENGE, 1972), mais celle des individus européens est difficile à préciser, leurs origines étant sans doute multiples et inconnues.  L’espèce est d’origine nord-américaine.

Le rat musqué est un rongeur aquatique qui occupe toutes sortes de milieux humides que ce soit d’eaux courantes ou stagnantes, parfois de petite taille. DESTRES signale une mare de 180 m², voire un trou d’eau de 20 m² environ avec un terrier. L’auteur signale que l’espèce se déplace peu en période de reproduction. Les déplacements sont faits principalement en période post-nuptiale.

Il est cependant bien visible sur la carte de répartition que l’espèce est localisée principalement dans les zones d’étangs et le long des cours d’eau. Si elle préfère les zones de basse altitude, l’espèce peut être contactée assez haut parfois sur des rivières mais aussi sur des plans d’eau. On note, dans le Pilat, des données aux Etangs de Prélager à 1 111 m d’altitude. En 1979, l’auteur de la donnée signale même la présence de 4 huttes sur les plans d’eau. La plus haute donnée rhônalpine est sur le lac de Bouvante dans la Drôme à 1181 m d’altitude. En Auvergne, LEMARCHAND (2015) signale des observations à plus de 1 400 m.

L’espèce est peu sensible au gel, faisant parfois son chemin sous la glace.

Contrairement au ragondin, on ne note pas de grandes concentrations de rat musqué (maximum de 13 individus comptés).

Le rat musqué consomme principalement des végétaux non ligneux, parmi les plus abondants (phragmite, typhas, iris, joncs, glycérie, potamot, renouée amphibie…). Il consomme aussi les fruits de châtaigne d’eau (Trapa natans) pendant l’automne et l’hiver (ARIAGNO, 1971 – DESTRES, 1976). Lorsqu’un champ de maïs se trouve en rive de plan d’eau, il consomme, comme tout herbivore sauvage, quelques épis. Son régime alimentaire n’est pas celui d’un végétarien strict. En effet, il consomme des mollusques comme les anodontes (Anodonta sp), les limnées (Limnea stagnalis). On peut trouver aussi, comme nous l’avons constaté en bord de Loire, des réfectoires de corbicule asiatique (Corbicula fluminea), et d’écrevisse de Californie (Pacifastacus leniusculus), deux espèces exogènes. Il ajoute parfois des petits poissons. Certains auteurs suspectent la consommation d’amphibiens sans savoir si ces animaux étaient vivants ou morts. La part de nourriture d’origine animale semble pouvoir être élevée dans certains cas (Le BOULENGE,1972), mais on manque de données précises en région Rhône-Alpes. Il est aussi opportuniste et peut s’alimenter de nourriture jetée aux cygnes et canards.

Le rat musqué est actif toute l’année. Il peut rester sous l’eau une quinzaine de minutes, parfois sous la glace. L’espèce est territoriale et possède plusieurs types d’abris dont l’entrée est située préférentiellement sous l’eau. Il creuse dans les berges des galeries d’un diamètre d’environ 15 cm et dont la longueur peut atteindre plusieurs dizaines de mètres. Elles aboutissent à des chambres d’habitation servant de lieu de repos ou de mise bas. Il construit aussi des huttes sur l’eau reposant sur le substratum ou flottantes et fixées à de la végétation. Ces huttes sont construites vers la fin de l’été. Le nombre de hutte peut être important et ARIAGNO cite un nombre de 23 sur un étang dombiste, mais toutes les huttes ne servent pas à la reproduction. Cependant, depuis l’arrivée du ragondin, les contacts avec l’espèce diminuent fortement comme cela a pu être constaté sur l’Ecopôle du Forez (Chambéon – 42). Les huttes, abondantes avant, disparaissent et l’espèce se fait plus discrète. Au niveau régional, malgré la hausse du nombre de contributeurs, le nombre de données de cette espèce a diminué depuis 2014 dans les bases associatives.

On trouve les déjections du rat musqué en crottiers, composés de petites crottes cylindriques semblables à des noyaux d’olives, verdâtres, empilées et situés à proximité immédiate de l’eau, sur un caillou ou un embâcle. Elles sont facilement identifiables et sont un bon indice de fréquentation d’un site par l’espèce lui servant pour marquer le territoire.

Le rat musqué possède une forte capacité de reproduction, jusqu’à 3 portées par an.

 

Rat musqué, Brenne, 2009 © TISSIER Dominique

Etat des connaissances

Historique

La répartition naturelle du rat musqué s’étend du Canada jusqu’à la Louisiane.
En Eurasie, l’origine de l’espèce est essentiellement humaine. Elle a été introduite initialement en 1905, pour limiter la profusion des roseaux, par Collorado MANSFELD qui a lâché 5 individus en Tchécoslovaquie capturés en Alaska (MOREL 1949, in Le Monde animal en 13 volumes, éditions 1971). Le rat musqué s’est ensuite développé pour occuper toute l’Europe centrale en 1933 et actuellement une grande partie du nord de l’Eurasie, Il a aussi été introduit au sud de l’Argentine. Au début du siècle dernier, il était détenu en France dans des élevages pour la pelleterie, principalement en Normandie, Alsace et Ardennes.
A partir de ces fermes d’élevage, des individus échappés ont colonisé la France à partir des années 1930. L’espèce a atteint les Pyrénées en 1984 (GRILLO Xavier, 1997). L’espèce est arrivée au fleuve Loire au milieu des années 50 puis a franchi le fleuve dans les années 60 et a colonisé alors le Massif central (LEMARCHAND Charles, 2015).
Dans la région Rhône-Alpes, si on enlève la capture d’un individu en avril 1930 à Grenoble, sans doute échappé de captivité, le premier contact recensé est un piégeage dans la Dombes en 1959 (DESTRES 1976) et le premier arrêté de régulation est pris dans l’Ain en 1961 (ARIAGNO Daniel 1971). Pour le bassin rhodanien, la colonisation s’est faite, à partir de ce moment, à priori à partir des affluents de la Saône. On note alors son installation sur les zones d’étangs de la Dombes qui est colonisée en moins de 10 ans. A partir de cette époque, le rat musqué colonise rapidement tout le bassin rhodanien.
Sur le bassin ligérien de la région Rhône Alpes, l’espèce est contactée dans le roannais vers 1966. Elle arrive très rapidement en plaine du Forez vers 1968 et la colonise rapidement. Il est présent actuellement sur l’ensemble du département de la Loire.

Carte de l'état des connaissances sur le rat musqué

Distribution actuelle

Sur l’ensemble de la région, tous les milieux favorables sont colonisés, (rivières, canaux, étangs et plans d’eau…). Le rat musqué est ensuite contacté plutôt sur les cours d’eau même torrentueux où le ragondin est moins présent.

Impact et gestion

Rat musqué, pont de Blyes, 2017 © Olivier Iborra

Maladies

L’espèce est connue pour participer à la transmission de la leptospirose et l’hantavirose. Elle est hôte intermédiaire d’Echinococcus multilocularis responsable de l’échinococcose alvéolaire.

Les personnes fréquentant ces milieux doivent donc se protéger et éviter le contact direct avec l’eau, particulièrement en cas de blessures.

Impact sur d’autres espèces

Du fait de son alimentation principalement herbacée, il peut rentrer en concurrence avec d’autres herbivores sauvages ou avec l’homme pour les espèces cultivées. L’espèce est en compétition alimentaire avec le campagnol amphibie (Arvicola sapidus) et on peut s’interroger sur la relation entre l’arrivée du rat musqué et la forte diminution de cette espèce. Cette compétition est possible aussi avec le rat surmulot (Rattus norvegicus). La diminution, constatée un peu partout depuis les années 80, de la fréquence d’observation du rat musqué donne l’impression que l’espèce est supplantée par le ragondin mais les preuves d’une relation de cause à effet restent à établir. Peut-être s’agit-il simplement d’un « re-équilibrage » après la forte poussée démographique consécutive à l’installation de l’espèce dans un nouveau milieu ? Enfin, en diminuant les herbiers aquatiques, le rat musqué peut aussi impacter la succession des espèces végétales.

La cohabitation avec l’homme n’est pas sans poser problème. En effet, le rat musqué est fouisseur et peut dégrader les berges d’étangs et de rivières, provoquant des fuites ou accélérant l’érosion.

L’espèce est capturée et consommée par certains prédateurs comme le hibou grand-duc (Bubo bubo) du fait de sa vie nocturne. Elle est consommée régulièrement par le renard roux (Vulpes vulpes), occasionnellement par la loutre d’Europe (Lutra lutra) ou, lorsqu’il est présent, par le loup (Canis lupus). Un autre prédateur important est le putois d’Europe (Mustela putorius) qui est, lui, en constante régression sur nos territoires. Le héron cendré peut être aussi un prédateur occasionnel tout comme le chien domestique.

Le piégeage qui peut être pratiqué toute l’année, tue un très grand nombre d’individus par an sans qu’il soit possible d’obtenir de chiffre précis.

En période de dispersion (automne et printemps), les collisions routières peuvent être nombreuses et, comme de nombreux mammifères, le rat musqué paie un lourd tribut à la route.

L’espèce est bien installée et, même si des signes de déclin sont observés, l’éradication de cette espèce classée comme espèce exotique envahissante ne semble pas possible. Il existe cependant une limitation par la prédation, par la compétition alimentaire et par le piégeage.

Pour ce dernier, les pièges létaux qui tuent sans discernement d’autres espèces, principalement dans le cas d’appâts empoisonnés, sont à proscrire.

Le rat musqué fait partie de la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée (arrêté ministériel du 26 juin 1987) et est inscrit sur la liste des espèces classées nuisibles sur l’ensemble du territoire métropolitain depuis l’arrêté ministériel du 3 avril 2012. Il fait partie des espèces animales (vertébrés) interdites d’introduction dans le milieu naturel (arrêté ministériel du 30 juillet 2010). Sa détention est soumise à autorisation (arrêté ministériel du 10 août 2004). Le rat musqué est également inscrit sur la liste des organismes nuisibles aux végétaux (arrêté ministériel du 31 juillet 2000, modifié par l’arrêté ministériel du 25 novembre 2011). Cet animal peut donc être détruit toute l’année par piège, tir ou déterrage.

En dehors du tir (fusil, carabines de petits calibres, arc), le piégeage au moyen de nasses terrestres est le moyen le plus efficace pour capturer l’espèce. Ce type de piège devrait être le seul autorisé car il permet de relâcher vivants les animaux d’autres espèces (jusqu’à la taille du Héron cendré (Ardea cinerea!) capturés accidentellement. Par contre, l’emploi de pièges létaux et non sélectifs qui n’est actuellement prohibé que sur le territoire des communes occupées par le castor (Castor fiber) et/ou la loutre (Lutra lutra) devrait être interdit partout.

Rédacteurs : André ULMER et Daniel ARIAGNO, janvier 2018