Hermine, Auvergne, juillet 2015 © Christian Reinaud

Présentation et description

Hermine, Lullin, Haute-Savoie, 2018 © Violaine Guilloux

L’hermine Mustela erminea (Linnaeus 1758) est un petit mustélidé svelte au corps mince et allongé, prolongé d’une queue relativement longue atteignant environ un tiers de la longueur tête et corps.

En été, la coloration du dos est brun-fauve (ainsi que la base de la queue) et le ventre blanc-jaunâtre. En hiver, ces diverses parties sont entièrement blanches (mue déclenchée par la photopériode, accélérée ou retardée par la température). A toute saison, le bout de la queue présente un pinceau de poils noirs. Cette dernière caractéristique est sur le terrain, lors d’observations souvent furtives, le meilleur critère d’identification la distinguant de la belette (attention aux éventuelles hermines à la queue coupée !). Par rapport à cette dernière, signalons également qu’en pelage estival la ligne de démarcation est rectiligne (et non sinueuse) entre les couleurs du dos et du ventre.

La longueur totale de l’hermine (du museau au bout de la queue) est assez variable, non seulement en fonction de l’âge et du sexe, mais aussi selon les individus et peut varier de 170 à 325 mm pour un poids de 175 à 350 g.

La France, et donc la région Rhône-Alpes, est peuplée par la sous espèce nominale Mustela erminea erminea,  forme géographique reconnue par KRATOCHVIL (1977).

En Rhône-Alpes, l’hermine peut être qualifiée d’assez commune, au moins dans les départements et secteurs montagneux. Au niveau national, l’hermine est classée espèce gibier chassable. Elle est aussi inscrite en catégorie « préoccupation mineure » sur la liste rouge nationale des mammifères et sur la liste rouge des vertébrés de Rhône-Alpes.

L’hermine est avant tout une habitante des milieux ouverts, voire semi-ouverts, des prairies, cultures, bocages des zones planitiaires, des  zones anthropisées, jusqu’aux pelouses et étendues rocailleuses d’altitude. Elle est rarement observée en milieu forestier sinon à proximité de lisières ou clairières. Elle affectionne les recoins et secteurs en partie minéraux et rocheux, les abords de murets, les tas de pierres, les éboulis, les lapiaz, les escarpements et pierrailles, les abords des chalets de montagne. Elle s’élève jusque dans l’étage alpin, voire les zones nivales à plus de 3000 m d’altitude, pourvu que de la nourriture soit disponible (essentiellement campagnols et autres petits mammifères,  ainsi que des oiseaux nidifiant au sol comme les lagopèdes ou bartavelles en zone de montagne).

Plus globalement, le régime alimentaire de l’hermine traduit une vraie spécialisation de l’espèce, la majeure partie des études (DELATTRE, 1987) montrant que plus de 80 % de son alimentation est constituée de micromammifères. L’abondance locale de l’hermine est d’ailleurs fortement corrélée à la densité de ses proies, notamment les campagnols du genre Arvicola (campagnols « terrestres ») dont elle est un prédateur spécialisé.

L’hermine est une espèce solitaire et territoriale. Sa reproduction est soumise au phénomène d’ovo-implantation différée avec une fécondation en avril-mai et une naissance seulement au printemps suivant. En moyenne, 4 à 5 jeunes naissent à la belle saison dans un vieux mur de pierres, un tas de bois ou bien dans un terrier de campagnol. Ils s’émancipent à partir de l’automne. La durée de vie de l’espèce demeure faible, 1 à 2 ans en moyenne (parfois jusqu’à 3 ou 4 ans). L’hermine est active toute l’année, même si des températures très basses (- 15 °C) l’incitent à ralentir parfois drastiquement son activité quotidienne.

 

 

 

Etat des connaissances

Carte de l'état des connaissances sur l'hermine

HISTORIQUE

L’hermine est considérée comme un élément récent de la faune européenne, les plus vieux fossiles ne datant que de la fin du Pléistocène (SAINT-GIRONS, 1973). La distribution de Mustela erminea est circumboréale (hémisphère nord), couvrant les régions froides et tempérées de la zone holarctique (Europe, Asie en grande partie, Groenland, Canada, nord des Etats-Unis).

Sur le continent européen, l’hermine occupe une vaste aire de répartition s’étendant de la péninsule ibérique jusqu’à la mer Noire (MITCHELL-JONES, 1999), à l’exception des zones méditerranéennes. Dans l’Atlas des Mammifères sauvages de France (FAYARD/SFEPM, 1984), la présence de l’espèce est mentionnée sur une majeure partie de l’Hexagone, sauf dans une bonne part du quart sud-ouest ainsi que la frange méditerranéenne. Plus localement, dans l’Atlas des Mammifères sauvages de Rhône-Alpes (GRILLO/FRAPNA, 1997), la totalité des districts naturels retenus alors sur Rhône-Alpes, et donc les 8 départements, étaient occupés par l’hermine.

DISTRIBUTION ACTUELLE

Depuis 2005 (année du début de la prise en compte des données pour la réalisation du présent atlas), les données collectées (plus de 2700) confirment à ce jour la présence du mustélidé globalement sur l’ensemble de la région dans les zones correspondant à son habitat de prédilection, c’est-à-dire de préférence au-dessus de l’étage collinéen.

Ainsi, en Rhône-Alpes, l’espèce est notée à toutes les altitudes jusque vers 3000 m, même si elle parait être essentiellement rencontrée en dessous de 1100 m d’altitude. Les données les plus basses (sous 300 m d’altitude) concernent les départements de l‘Ain, du Rhône, de l’Isère, de l’Ardèche et de la Loire. La donnée la moins élevée collectée en Rhône-Alpes correspond à une localité située à 116 m d’altitude, à Mauves en Ardèche (Didier ARIAGNO, 2009). Les données les plus hautes (au-delà de 2500 m d’altitude) concernent les départements de la Haute-Savoie, de la Savoie et de l’Isère.  Plus précisément, les observations  les plus élevées  ont été enregistrées à 3066 m d’altitude, vers le sommet du Mont Buet, à Sixt Fer-à-Cheval en Haute-Savoie (Jean-François DESMET, 2015), à 2993 m à la Pointe Nord de Bézin, à Bonneval, en Savoie (Dominique ROBIN, 2015) et dans  d’autres localités des massifs de la  Vanoise, du Mont-Blanc, de l’Oisans,…

Concernant le nombre d’observations, la Haute-Savoie demeure le premier département fournisseur de données (45 % des données régionales), suivi par la Savoie (13 %), l’Ain (12 %) et l’Isère (11 %), les pics d’observation se situant au début du printemps et en été et les creux en automne et en hiver. Une bonne partie des observations concerne essentiellement des individus traversant la route, des animaux écrasés, des individus jouant (pierriers, jardins, tas de bois,…) ou bien encore des hermines en action de chasse (principalement des campagnols, plus accessoirement des loirs, des oiseaux, des lézards,…).  Pour les observations indirectes, les fèces sont les indices les plus détectés en saison estivale, alors que les empreintes sur la neige demeurent les indices les plus observés en hiver.

Hermine, Massif des Cerces, Savoie, août 2017 © Bernard Frachet

Menaces et conservation

Hermine, Lullin, Haute-Savoie, 2015 © Violaine Guilloux

MENACES

De nombreux prédateurs à poils et à plumes s’attaquent à l’hermine : rapaces, renards, autres mustélidés (notamment la martre), chats,… La compétition avec la belette est aussi parfois évoquée.  Néanmoins, comme pour bon nombre d’espèces, c’est principalement la modification des milieux de plaine (destruction de haies et de murets, mise en culture des prairies,…) et le développement du trafic routier qui représentent la menace majeure sur l’espèce. Les espaces d’altitude représentent donc de vraies zones refuge pour cette espèce. Dans d’autres régions,  les campagnes de lutte contre les micromammifères et l’utilisation massive d’anticoagulants ont des effets catastrophiques sur l’hermine et l’ensemble de la chaine alimentaire. Ceci est d’autant plus regrettable que, par son intense activité de consommation de campagnols, l’hermine représente un véritable allié de l’agriculteur.

CONSERVATION

Le maintien ou la création/restauration d’éléments boisés, de haies et de ripisylves, de prairies, de bandes enherbées, de vieux murets, de pierriers, de tas de bois, … peuvent fournir à l’hermine d’intéressantes zones d’habitats et de reproduction, des secteurs d’alimentation et des corridors de déplacements, notamment en plaine ou les contraintes et les menaces liées aux modifications paysagères sont les plus nombreuses.

 

 

L’étude du marquage territorial et du régime alimentaire d’une hermine de Haute-Savoie par l’analyse de ses fèces  (C. GILLES, 2017)

L’activité de marquage d’une hermine (Mustela erminea) par dépôt de ses fèces a été étudiée pendant 15 mois  sur le massif du Semnoz, dans le département de la Haute-Savoie. Un relevé scrupuleux de près de 400 fèces a permis d’acquérir de nombreuses connaissances relatives aux marquages du petit mustélidé  (saisonnalité, supports préférentiels, typologie des fèces,…), mais aussi sur le régime alimentaire  de l’hermine suivie. Ainsi, il a été constaté une saisonnalité très prononcée dans l’activité de marquage, avec deux périodes bien distinctes : un pic fin du printemps/début d’automne et un creux fin automne/début du printemps. Une nette préférence concernant les supports de marquage a aussi été observée, l’hermine suivie déposant la majeure partie de ses fèces sur substrats minéraux, de couleur claire et plutôt surélevés (de type blocs, gros cailloux, dalles). Par ailleurs, l’existence d’imposants crottiers (amoncellement de crottes) a aussi été démontrée lors de ce suivi. Des mesures systématiques et une observation fine des fèces collectées ont permis de dresser le profil moyen d’une fèces d’hermine : excrément en forme de petit bout de ficelle, souvent torsadé, de couleur sombre (noire à brun foncé), de 3,9 cm de long pour 0,3  cm de diamètre en moyenne. Enfin, l’analyse du contenu des fèces relevées montre une très nette préférence (95 %) pour les micromammifères (campagnols), le régime alimentaire de l’hermine étudiée étant ponctuellement complété par des proies secondaires, principalement aux saisons estivales et automnales.

Hermine, Massif des Bauges, 2010 © Bernard Frachet

Rédacteurs: Jean François DESMET et Christophe GILLES, mars 2019