Mulot à collier_Alpes du Grand Serre 38_Mai 2016_©Maxime Souchet

Présentation et description

Mulot à Collier-Franclens (74)-23-10-2010- C Prévost

Le mot mulot vient du Néerlandais «  Mol » qui signifie Taupe. Le mulot à collier peut se nommer aussi  mulot à gorge jaune ou gorge rousse, voire mulot fauve. Il a été décrit pour la première fois en 1834 par Melchior.

Son pelage est brun roux pouvant aller jusqu’au gris  sur le dos et les flancs. Son ventre est blanc ainsi que ses pattes. La délimitation des 2 couleurs de pelage, avec les parties supérieures du corps est nette. Son nom est du à la présence d’un collier roux souvent bien  visible, mais qui peut être un peu estompé.  . Son caractère nocturne est  révélé par ses  grandes oreilles et surtout ses yeux saillants qui sont nettement plus gros que ceux des souris. Sa queue est annelée, peu velue, est plus longue que le corps (180 à 200 anneaux). En fait il est beaucoup plus forestier que son cousin sylvestre. La difficulté est de le différencier avec le mulot sylvestre : sa taille est plus grande, la queue du sylvestre est plus courte que son corps contrairement à flavicollis ; la délimitation des 2 couleurs de pelage est nette chez flavicollis et non chez sylvestris et il n’a évidemment pas de collier roux. Il faut dire que la position systématique de l’espèce  n’a été clarifiée que dans les années 1970 grâce à des techniques biochimiques (Debrot et Mermod 1977 ; Benmedhi 1979).

3 sous espèces (flavicolis, alpicola et dietzi) dont les différences sont basée sur la tailles relatives de la queue  et du pied postérieur ont été déterminées. Mais  elles semblent ne plus être d’actualité du fait des grandes variabilités biométriques entre les 2 espèces plus les populations sont méridionales.  (Orsini 1984).

Le mulot se construit un nid d’herbes et de feuilles èches beaucoup moins élaboré que le muscardin, qu’i installe dans son terrier, un tas de bois, sous une plaque à reptile, un tas de compost, mais aussi dans une cavité d’arbre ou un nichoir. En effet il grimpe très bien aux  arbres, il est aussi très habile dans toute la strate buissonnante. Il progresse souvent par sauts aidés en ça par ses grands  pieds. C’est une espèce prolifique : Il semblerait que 3 portées de 3 à 9 jeunes  du printemps à l’automne soit une fourchette basse. Mais  en cas de grosse production automnale de glands ou de faines il peut y avoir des portées en hiver. Les jeunes sont susceptibles de se reproduire au bout de 2 mois. Si l’on compare avec le mulot sylvestre, il semble que  flavicolis ait une saison de reproduction plus courte et moins productive en jeunes (pélikan1966 et Corke 1974).

Il peut s’installer dans des maisons proches des lisières forestières ou des haies. 19 données de la  base de données concernent ce cas d’installation dans les bâtiments.

Le premier constat est que  les analyses de pelote représentent presque la moitié des données. Ce mode de détermination des espèces doit concerner aussi  presque tous les micromammifères de Rhône-Alpes.  4 espèces de rapaces nocturnes sont concernées par cette production, chouette chevêche, hulotte, hibou moyen-duc et Effraie des clochers.  Les données de celle-ci sont de loin les plus nombreuses et représentent plus de 80% des lots de pelotes. Par contre l’occurrence de découverte du flavicolis, voisine les 1% et confirme bien la rare présence de notre mulot dans les milieux ouverts où  l’effraie fait son marché. A noter après une analyse de 4 crottiers de genette la découverte de 5 cranes en Ardèche (Christian Riols 2018). Un gros effort de piégeage a été réalisé puisqu’il concerne 23% des données. Fait rare pour un micromammifère 12% des données concernent une observation directe, surtout dans les bâtiments mais aussi dans des nichoirs et aux abords de mangeoires. Les indices de présence n’ont pas été recherchés en raison de l’impossibilité de différencier les 2 mulots par cette méthode. L’espèce est  commune partout où la forêt et présente ainsi que dans les zones d’élevage  où le bocage est toujours présent.

Etat des connaissances

Historique

Il descendrait  d’apodemus dominans du pliocène terminal de Hongrie. L’ouest de l’Europe aurait ainsi été envahi en plusieurs vagues successives (Michaux et Pasquier 1974).

On constate que 5  départements  n’avaient pas de données avant 2005. Depuis tous les départements sont représentés.  On est ainsi passé de 33 carrés avec présence de l’espèce, avant 2005, à 153 par la suite.

carte 2019 de l'état des connaissances du mulot à collier

Distribution actuelle

L’espèce ne semble pas être présente au delà du dixième parallèle en Scandinavie ; à l’est, Il atteint l’Oural et le Caucase .Il est présent dans le sud de l’Angleterre, sa limite méridionale en Méditerranée atteint le nord d’Israël. En Espagne il n’occupe que le quart septentrional du pays. En France il est absent de bordures Atlantiques et  des rives de la manche.

L’espèce est présente dans tous les départements de Rhône-Alpes. C’est l’Isère qui compte le plus de données, mais  Il s’agit plutôt de  mettre ces bons chiffres en relation avec une grosse pression d’observation. Celle-ci ne date pas d’hier, puisque 28 carrés Isérois étaient déjà occupés avant 2005. 153 Mailles de 10×10 km sont décomptées. Le mulot à collier a donc été observé dans  31% des mailles de Rhône-Alpes.

Ce sont donc les milieux forestiers qui sont principalement  fréquentés par les mulots à collier.. Mais on notera que ce sont les forêts caducifoliées et mixtes qui ont leur préférence En effet ils y trouvent la nourriture de prédilection chez ces granivores : les glands et les faines  sont alors leur principal sources d’alimentation. Mais aussi de noix noisette et graines de toutes origines. Ils sont présent aussi en forêt sempervirens d’altitude mais leurs densités sont alors plus faibles, ils se nourrissent  alors des cônes des résineux, entre autres, en les démontant d’une façon bien plus précise et délicate que les écureuils. Les zones bocagères lui sont aussi favorables ainsi que les cordons boisés le long des rivières et des torrents. Aux abords des maisons on peut le voir aux pieds des mangeoires ou carrément dedans.  Ils leur arrivent  aussi de consommer des invertébrés comme des insectes ou des lombrics  voire des grenouilles (Hainard 1988).

La plupart des individus ne vivent pas plus d’un an ; la reproduction peut avoir lieu en hiver. Forestier il est présent jusqu’à la limites des arbres et peut donc atteindre 2000m dans les Alpes. Les altitudes record de la base de données sont, dans le Jura,  au Crêt de la Neige (o1) à 1666m, dans les Alpes à Chamrousse à 1620m (38) et au col de la Colombière à 1600m (74).

Mulot à collier_Segny_Mars 2015_Mathis JOZ-ROLAND (3)

Menaces et conservation

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C’est une espèce « fourrage » pour nombre de prédateur forestiers compte tenu de sa prolificité. Les petites chouettes de montagne, chevêchette et Tengmalm, 33% des proies en Suisse voisine (Ravussin 2016) le traquent en altitude, le moyen duc et la hulotte complètent la liste ; pour les mammifères ce sont les renards, martres, fouines, hermines, chats forestiers qui le pourchassent ; pour les reptiles couleuvres et vipères le capturent. N’oublions pas les chats domestiques, qui autour des maisons exercent une forte prédation (18 données dans la base de données). Le blaireau semble ne pas le prendre pour proie car il  tolère bien sa présence dans ses terriers. (Hainard 1988). Il peut comme le muscardin abandonner une partie du fourreau de peau qui recouvre les vertébrés de sa queue en cas de saisie de celle-ci par un prédateur. C’est ce qu’on appelle l’autotomie. L’autotomie caudale chez cette espèce se fait au niveau des 21-22ème vertèbres. Les vertèbres mis à nu se dessècheront et tomberont par la suite. Quand il est surpris au gite  dans une cavité d’arbre ou un nichoir, il n’hésite pas à sauter dans le vide pour sauver sa peau. Les jeunes pratiquent aussi de la même façon.

Ses milieux forestiers de prédilection étant peu sujets à des transformations perturbantes l’espèce ne nécessite pas de mesures de conservation en RA.

Le mulot à collier est considéré comme étant probablement la principale espèce réservoir du sous-type viral européen responsable de l’encéphalite à tiques (zoonose qui est en forte augmentation en Europe du Nord).

 

Le mulot à collier et les nichoirs…

A partir de 1994 l’ONF de Haute Savoie a proposé, aux communes forestières, dans ses programmes de travaux annuels, la pose de nichoirs en bois. Depuis 2010 il a été proposé aux communes de remplacer les vieux nichoirs par des neufs de marque Schwegler, en béton de bois. Les gliridés étaient déjà présents dans les vieux nichoirs, mais leur remplacement a favorisé la présence de ces rongeurs. Il s’agit de l’effet Béton de bois, très apprécié aussi par les chiroptères. Ils sont répartis sur 17 communes Haut Savoyardes   étagés de 260m à 1400m, en milieu forestier. Depuis 2012 la LPO 74 a pris le relais du service forestier avec un suivi beaucoup plus complet durant toute la belle saison.

Chaque année des observations de mulot sont faites dans les nichoirs. Il leurs arrive souvent de prendre la place du muscardin ou du loir sans que cela provoquent des conflits.  Il n’est jamais  simple de déterminer  l’espèce de mulot devant ces petits animaux en mode panique. On peut essayer de s’en saisir mais les morsures sont cruelles. Donc les 31 données concernent les 2 espèces. 6 données de reproduction sont notées. La plus grosse famille était de 5 jeunes et a été observée le 14/08/19 à Valleiry (74). Ces reproductions s’étagent de fin mai à fin octobre.  Les dispositifs où  les mulots s’installent le plus souvent sont les gites artificiels en béton de bois destinés aux chiroptères (Schwegler 2FN). Les nichoirs sont 2 fois moins occupés. On l’y rencontre aussi en hiver lorsque les gliridés hibernent.

Mulot à collier- Valleiry 13-06-2019-C Prévost

Rédacteur : Christian PREVOST, décembre 2019