Présentation et description

Le campagnol provençal (Microtus duodecimcostatus (de Sélys-Longchamps, 1839)) fait partie du sous-genre Terricola (correspondant à l’ancienne dénomination Pitymys), comprenant les campagnols « souterrains » (à la différence du sous-genre Microtus, les campagnols « de surface »). L’espèce est monotypique, même si des divergences génétiques sont observées avec les populations espagnoles (Quéré & Le Louarn, 2011).

Les campagnols du sous-genre Terricola sont très proches morphologiquement les uns des autres. Le campagnol provençal est ainsi très semblable au campagnol souterrain (Microtus subterrraneus). Il s’en distingue par des critères subtils de taille de queue, de silhouette plus profilée et de taille légèrement plus grande. La coloration est assez jaunâtre dessus et plus grisâtre sur le ventre, mais des anomalies de colorations existent (par exemple, Brunet-Lecomte, 2005).

L’observation de la denture peut même s’avérer difficile pour identifier ces deux espèces, du fait d’un certain polymorphisme. Les troisièmes molaires supérieures sont de type simple et les premières molaires inférieures du campagnol provençal présentent une boucle antérieure ouverte et un rhombe pitymyen incliné caractéristique (Brunet-Lecomte, 2004).

Le campagnol provençal est une espèce de rongeur autochtone, qui ne bénéficie d’aucun statut particulier. Il n’est pas considéré comme menacé (catégorie « préoccupation mineure ») à l’échelle européenne, française et régionale.

Son besoin de sols profonds et meubles et d’enherbement fait qu’il est favorisé dans les vergers et les cultures de légumineuses. Il peut créer alors de réels dégâts dans ces cultures (écorçage des racines, consommation directe des légumineuses et des légumes…), notamment lors de pullulations.

La reproduction peut avoir lieu toute l’année mais semble dépendre d’une pluviométrie suffisante. Un ralentissement de l’activité est connu dans les zones les plus méditerranéennes (Paradis & Guédon, 1993).

Le campagnol provençal est présent, au sein de sa répartition, dans toutes sortes de prairies avec un sol profond et non irrigué ou inondable. Ainsi, on peut le trouver dans certaines cultures, pâtures, talus routiers, jusqu’aux pelouses subalpines (Vercors).

Il est considéré comme le campagnol le plus fouisseur, même s’il est présent également en surface. Le campagnol provençal creuse des galeries, à l’instar des taupes, dans la couche superficielle du sol, mais peut aller jusqu’à plus de quarante centimètres de profondeur (Quéré & Le Louarn, 2011). Sa présence est essentiellement révélée par les « taupinières » pouvant s’étendre sur plusieurs centaines de mètres carrés.

Même s’il existe des variations de populations selon les années (avec des pullulations ponctuelles), ces fluctuations demeurent peu marquées et occasionnelles (Guédon & Pascal, 1993 ; Paradis & Guédon, 1993).

Etat des connaissances

Historique

Comme tous les petits mammifères, l’historique du campagnol provençal est très méconnu. Les premières données en Rhône-Alpes datent des années 1970 (la première donnée consignée dans la base de données remonte à 1977 dans le Pilat). Il est probable qu’avec les changements climatiques en cours l’espèce tende à progresser vers le nord et en altitude.

carte 2019 de l'état des connaissances du campagnol provençal

Distribution actuelle

Le campagnol provençal est surtout présent, en Rhône-Alpes, en zone méditerranéenne. Il fréquente également les zones les plus thermophiles de la zone alpine.

Ainsi, ce campagnol se trouve schématiquement au sud d’une ligne reliant Givors à Grenoble, dans les départements de l’Ardèche, de la Drôme, de l’Isère et marginalement dans la Loire, limité au massif du Pilat.

Le campagnol provençal est donc connu, comme son nom l’évoque, dans la partie méditerranéenne de la région. Il a été trouvé le long de la vallée du Rhône jusqu’aux contreforts du Pilat. L’espèce fréquente également la moyenne montagne (Vercors, Trièves, Vivarais) au profit des vallées comme l’Ardèche ou le Drac, en lien avec les populations des Hautes-Alpes (LPO PACA, GECEM et GCP, 2016). Le campagnol provençal atteint en Isère sa limite nord-orientale de distribution.

La donnée dans la vallée de la Loire à Saint-Just-Saint-Rambert (42) est la plus septentrionale et la seule actuellement connue hors du bassin du Rhône ; elle mériterait d’être confirmée par des prospections complémentaires.

L’essentiel des données se situe en deçà de 200 mètres d’altitude (vallée du Rhône). Mais la moyenne montagne ne constitue pas un obstacle pour cette espèce qui se rencontre par exemple dans le Vercors et même dans la plaine de Bourg-d’Oisans en Isère (Brunet-Lecomte & Noblet, 2013). Le campagnol provençal a été trouvé à plus de 1 700 mètres dans le sud du Vercors (Drôme) et il a été signalé à des altitudes plus élevées (2 000 mètres) dans certains versants sud du Parc national des Écrins (Quéré, 2008).

Les connaissances sur la répartition du campagnol provençal sont très fragmentaires et sont essentiellement dues aux analyses des pelotes de réjection de rapaces (effraie des clochers et chouette hulotte). La distribution exacte à des altitudes élevées est donc extrêmement méconnue.

Même si sa répartition n’est que partiellement connue, le campagnol provençal semble commun et non menacé dans la région.

Menaces et conservation

Le campagnol provençal peut faire l’objet d’une lutte chimique au titre de l’arrêté ministériel du 14 mai 2014 relatif au contrôle des populations de campagnols nuisibles aux cultures ainsi qu’aux conditions d’emploi des produits phytopharmaceutiques contenant de la bromadiolone.

Il est nécessaire de mieux connaître la répartition et les tendances d’évolution du campagnol provençal (notamment vis-à-vis de la lutte chimique dont il peut faire l’objet). La recherche des pelotes de réjection est une aide précieuse pour détecter cette espèce fouisseuse, mais des campagnes spécifiques de captures, notamment en marge de sa répartition actuelle, devraient apporter des éléments importants.

Rédacteur : Rémi FONTERS, janvier 2020