Présentation et description

Crocidure des jardins, Sebastian Ritter (Wikimédia-libre de droit)

Mammifère de l’ordre des Insectivores soricomorphes, appartenant à la famille des Crocidurinés et au genre Crocidura  (musaraignes à dents blanches), la crocidure des jardins, appelée aussi musaraigne des jardins, est dans la nature difficilement différenciable de la crocidure musette, quoique de taille un peu plus faible. L’examen des dents et du crâne (trouvé dans les pelotes de rejection) permet une détermination fiable.

Son pelage, lorsqu’il est typique, est brun foncé sur le dos, plus clair et grisâtre sous le ventre. Comme toutes les crocidures, elle a de longs poils de jarre sur la queue. Comme la plupart des musaraignes européennes, son poids inférieur à 10 grammes n’excède cette valeur qu’avec des femelles gestantes. Bien que d’aspect général très proche des autres crocidures, elle est selon certains auteurs (LUGON-MOULIN, 2005) assez éloignée génétiquement de la musaraigne musette et serait plus apparentée à la crocidure bicolore d’après des analyses biochimiques.

La crocidure des jardins a une très large distribution eurasienne (de l’Espagne à la Corée), mais des études récentes laissent à penser que cette aire immense est  en fait occupée par plusieurs espèces ou sous-espèces de Crocidura suaveolens dont il reste à préciser les statuts.

D’une grande voracité, la musaraigne des jardins a un spectre de proies allant des insectes et gastéropodes jusqu’à de jeunes vertébrés.

D’affinité nettement méditerranéenne, elle est absente de la forêt et recherche des lieux chauds et secs avec un couvert pas trop dense.

Etat des connaissances

La crocidure des jardins  est à considérer comme rare  en région Auvergne-Rhône-Alpes, y compris dans l’ancienne région Rhône-Alpes où elle n’est  représentée de façon certaine que dans les départements les plus méridionaux (Drôme, Ardèche…). Mais elle « remonte » jusqu’au sud du département du Rhône à la faveur du couloir rhodanien.

Avant 2005, et pour la partie est (anciennement Rhône-Alpes), seule une petite dizaine de données étaient documentée pour le département de la Drôme (FAUGIER 2011 ; ARIAGNO, 2014). Pour le département de l’Ardèche, FAUGIER 2011 ne la mentionne que sur 4 communes et ne la cite anciennement qu’une ou deux fois pour les départements de l’Ain et de l’Isère (FAYARD et al., 1979 ; SERRA-TOSIO, 1972).

Toujours avant 2005, c’est du département du Rhône que proviennent les plus anciennes données de l’espèce (commune de Tupin et Semons, à l’extrême sud du département) : une mention de l’INRA en 1963, une autre de 1974 (SAINT-GIRONS et VESCO, 1974) et une troisième de 1996 toujours à Tupin et Semons (ARIAGNO et BOUNIOL, 2016). Aucune donnée n’est connue pour les départements de la Loire, Savoie et Haute-Savoie. Elle n’est pas mentionnée dans la partie Auvergne de la région AURA, à l’exception d’une  ancienne donnée datée de 1977 (GMA, 2015).

 

Carte de l'état des connaissances de la crocidure des jardins

Depuis 2005, les connaissances sur la crocidure des jardins n’ont guère progressé, puisque deux données seulement ont été collectées, une pour le département de l’Ardèche (Viviers), la seconde pour le département du Rhône, celle-ci  résultant  d’ailleurs d’une identification « à vue »… Il convient cependant d’ajouter une troisième donnée, toujours du sud du département du Rhône, sur la commune de Taluyers (landes de Montagny) et datée de 2007 (DUBOIS, cabinet Ecosphère, com. pers.) : un crâne identifié sur 230 proies.

La quasi absence de données empêche toute estimation d’une éventuelle évolution des populations, ainsi que sur sa distribution altitudinale. La carte ci-contre précise la localisation des quelques données de l’espèce depuis 2005, qui même compte-tenu d’un manque de prospection, confirme la rareté de cette espèce méridionale  en région AURA.

Menaces et conservation

Crocidure des jardins, Sebastian Ritter (Wikimédia-libre de droit)

Contrairement à d’autres musaraignes, soricinés notamment, un réchauffement climatique pourrait ne pas être néfaste pour la crocidure des jardins. L’artificialisation des milieux et la concurrence avec la musaraigne musette restent les menaces les plus importantes.

A l’avenir, des prospections ciblées et systématiques sont nécessaires pour affiner quelque peu  les connaissances de cette espèce en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Une systématique en pleine évolution

La systématique des musaraignes soricinés, et surtout crocidurinés, est susceptible d’évoluer prochainement. En effet, les analyses tant biochimiques que génétiques sont venues compliquer la classification admise jusqu’ici (AULAGNIER 2018). Ainsi la musaraigne des jardins n’est plus monospécifique dans sa vaste répartition eurasienne (de l’Espagne à la Corée !). A côté de Crocidura suaveolens déjà scindée en deux espèces (Crocidura suaveolens et Crocidura shantungensis), il est apparu que les musaraignes des jardins d’Espagne, Italie et Grèce étaient différentes de celles du Turkmenistan, et  que plusieurs groupes génétiques étaient différenciés dans  les musaraignes des jardins de France (Bretagne et Corse) qui se rattacheraient à un groupe incluant l’Espagne, la Grande Bretagne et la Ligurie. AULAGNIER 2018, citant DUBEY et al., 2007, signale que les musaraignes des jardins des îles méditerranéennes auraient au moins un statut de sous-espèce : Crocidura suaveolens iculisma pour la Bretagne, Provence, Gande-Bretagne et Ligurie, et Crocidura suaveolens mimula pour l’Europe centrale, l’Italie et la Suisse… Pour compliquer encore, les spécimens de Corse seraient rattachés à « des spécimens du nord et de l’Est de la Turquie, mais aussi de Syrie, Israël, Iran, Crète et Minorque » (AULAGNIER, 2018).

Il résulte de ces évolutions des connaissances, que la musaraigne des jardins sera sans doute scindée en plusieurs espèces ou sous-espèces, dont au moins deux pour la France.

Pour l’instant, et pour la région Auvergne-Rhône-Alpes, les éléments font encore défaut, pour savoir de quelles espèces ou sous-espèces il s’agit. Dans l’attente, on s’en tiendra donc à Crocidura suaveolens, bien qu’il serait prudent de ne parler que d’un « groupe suaveolens »…

Daniel Ariagno et Julien Bouniol, aout 2019