Renard roux, ©Didier Bogey

Présentation et description

Renard roux, Jura, Mars 2016, ©Julien Arbez

Le renard roux (Vulpes vulpes), décrit pour la première fois par Linné en 1758, est en France le seul représentant du genre Vulpes qui compte 12 espèces dans le monde dont  2 espèces en Europe (avec le renard polaire Vulpes lagopus). Autrefois appelé Goupil ou Rouquin, le renard roux, qui a tiré son nom vernaculaire actuel d’une œuvre littéraire du 13ème siècle (le roman de Renart),  ne peut être confondu chez  nous  avec d’autres espèces. Son corps fin et allongé, sa taille (comparable à celle d’un gros chat), son poids moyen autour 6-7 kg, sa longue queue touffue et son pelage généralement roux mais pouvant varier du jaune pâle au gris brun, en font une espèce très facilement identifiable. Parmi les 3 sous-espèces présentes en France (SAINT-GIRONS, 1973), Vulpes vulpes crucigera, taxon présent en Rhône-Alpes,  est la plus largement répandue (Vulpes vulpes ichnusae étant localisé en Corse et la sous-espèce ibérique Vulpes vulpes silacea atteignant le Roussillon).

Au niveau national, le renard roux est classé espèce gibier chassable, susceptible d’être classée nuisible (rebaptisée « susceptible d’occasionner des dégâts ») dans certains départements  (selon arrêté ministériel triennal). En 2017, en France, seule la ville de Paris, les départements de Corse et de la Savoie ont retiré le renard de leur liste des « nuisibles ».

Le renard roux est  typiquement un omnivore opportuniste qui se nourrit selon les disponibilités saisonnières et spatiales. Les petites proies animales constituent une large part de son alimentation : lapin, micromammifères (dont une très grande part de campagnols), oiseaux, amphibiens, invertébrés. Parmi ces derniers, le lombric représente une source de protéines non négligeable. Des individus peuvent ainsi passer par temps de pluie de longs moments à chercher, attraper et consommer ces petites proies faciles et à forte biomasse, avec une réussite de capture d’environ 1 lombric toutes les 15 secondes (MERY comm.pers, 2016). Des contenus stomacaux d’individus prélevés peuvent ne contenir pratiquement que des lombrics (ONCFS – HUBOUX). Vulpes vulpes  se nourrit  aussi volontiers de fruits (mûres, myrtilles, baies d’églantier,…), de charognes et de déchets, cette dernière source de nourriture pouvant représenter une part non négligeable (jusqu’à 60 %) du régime alimentaire des renards « des villes ». Toujours à l’aide d’analyse de contenus stomacaux, il a été montré que le régime alimentaire du renard n’est jamais à 100% carné (ONCFS – HUBOUX).  Le renard fait aussi des réserves de nourriture,  à savoir de petites proies qu’il dispose dans des petits trous qu’il dissimule par de la terre. Ces caches dispersées sur son territoire seraient d’ailleurs un des facteurs clés pour le succès de reproduction des femelles dominantes (D.R BLACKBOURN)

La structure sociale du renard roux est  beaucoup plus complexe qu’on ne l’a longtemps supposé. Généralement solitaires, les renards peuvent aussi vivre en couple plus ou moins durable, parfois même, lorsque les disponibilités alimentaires sont importantes, en groupes sociaux constitués d’un couple reproducteur dominant et de subordonnés (femelles subadultes et adultes non reproductrices). La période de reproduction débute avec le rut hivernal (décembre à fin février), suivie de la mise-bas printanière (de fin mars à début mai) de 3 à 7 renardeaux dans une cavité naturelle ou un terrier. Précisons que le renard creuse rarement ses terriers, préférant occuper ceux du blaireau (avec qui il cohabite parfois), voire ceux de marmottes qu’il agrandit. L’élevage estival des petits  (réalisé par la femelle et le mâle durant 6 à 9 semaines) précède l’émancipation des juvéniles, période particulièrement délicate s’il en est  (fréquentes collisions routières).

Malgré de nombreuses causes de mortalité tout au long de sa vie (chasse, piégeage, déterrage, collisions et écrasements, maladies, empoisonnement, intoxication…), le renard roux reste une espèce extrêmement commune à l’échelle du pays et de la région. Les études diligentées sur l’espèce par l’ONCFS (période : 2004-2013) indiquent par ailleurs une stabilité des densités moyenne de renards à l’échelon national, à savoir environ 1 individu/km2 (avec une gamme allant de 0,45 à 1,49 renards/km2).

Etat des connaissances

Historique

Les renards appartiennent à la famille des canidés apparue il y a 40 millions d’années. L’ancêtre du renard roux, Vulpes alopecoides, a été retrouvé dans des gisements fossiles datés de – 600 000 ans. L’apparition du renard roux quant à elle est estimée à – 400 000 ans. Plus localement, des restes de Vulpes vulpes, datés d’environ 40 000 ans, ont été trouvés en France, dans la chaine jurassienne.

Carte de l'état des connaissances du renard roux

Distribution actuelle

De part sa  large distribution et  sa grande plasticité écologique vis à vis de ses  habitats, le renard roux est fréquemment reconnu comme le mammifère carnivore le plus largement réparti sur le globe.  L’espèce est en effet présente (naturellement ou suite à introductions) en Amérique du nord, en Europe, en Asie, en Afrique du nord et en Australie.

En Europe, l’espèce est présente partout à l’exception de quelques iles, et, en France, le Goupil occupe la totalité des départements y compris la Corse.

Rhône-Alpes n’échappe pas à la règle avec une présence soutenue du petit canidé sur l’ensemble du territoire régional. Ainsi, la quasi-totalité des mailles quadrillant la région accueille le renard roux. Concernant les types d’habitats fréquentés par l’espèce dans la région, ceux-ci reflètent la très grande tolérance du goupil quant à ses milieux de vie : espaces urbains, périurbains naturels et agricoles, espaces ouverts et  forestiers, espaces de plaine et de montagne. Le domaine vital d’un renard est très variable : de 50 hectares (milieux urbains et productifs sur le plan alimentaire) à plus de 1000 hectares (secteurs offrant peu de disponibilités alimentaires), dont 30 à 200 hectares exploités de façon quotidienne. Une étude du renard en milieu urbain (Annemasse, Haute-Savoie – BOYER, 2004) fait état d’une superficie de territoire entre 38 et 1 450 hectares pour 7 renards suivis. Notons par ailleurs une nette et progressive baisse des observations au fur et à mesure que l’on s’élève en altitude avec une altitude maximum atteinte autour de 2600 m ce que semble confirmer la littérature qui indique une altitude maximale autour de 2500 m (ONCFS, 2015). GILLIERON (2012) parle quant à lui d’altitude de 3000 m dans les Alpes pour des individus partant chasser et de 2000 m pour des terriers situés dans des combes ou des ravins boisés de l’étage montagnard. En Haute-Savoie, le renard a été observé (GUIBENTIF, 2013) à plus de 2600 m dans les communes de Passy (2622 m) et de Samoëns (2660 m).

Renard, Megevette 74 © Christophe Gilles

Menaces et conservation

Renard roux, Loire, Mai 2011, ©Vincent Miquel

Comme partout en France, en Rhône-Alpes le renard  roux a longtemps souffert (et souffre encore …) de sa réputation de voleur de poules, de prédateur d’espèces gibiers (perdrix, faisan, lapin, lièvre) et de porteur de maladies diverses et variées (dont la rage vulpine pourtant disparu officiellement de France en 2001).

Aujourd’hui, on estime que ce sont au moins 500 000 renards qui sont tués par la chasse et le piégeage chaque année en France (communication colloque renard, mai 2017, Paris). A cela s’ajoute la mortalité due aux maladies, aux empoisonnements, à la prédation (lynx, aigle royal, loup, grand duc) et aux écrasements et collisions routières. Cette dernière cause, très difficile à évaluer en l’absence d’un protocole standardisé et respecté à l’échelle de l’ensemble du territoire, est probablement un facteur majeur contribuant  à l’important taux de mortalité du petit canidé. Néanmoins, au-delà de l’acharnement subi par le goupil, le renard n’en n’est pas pour autant une espèce menacée, ses grandes capacités d’adaptation (habitats, alimentation, reproduction,…) et le phénomène de compensation (immigration compensant les pertes d’individus) lui permettant de reconstituer ses effectifs et d’occuper rapidement les territoires vacants. Malgré tout, même si goupil peut potentiellement atteindre l’âge canonique d’une dizaine d’années, l’espérance de vie du renard roux en milieu naturel reste très faible : un à deux ans dans une population donnée, 90 à 98 % n’atteignant pas 5 ans et  moins de 1% atteignant une dizaine d’années (MEIA, 2016).

Plusieurs maladies peuvent concerner le renard dans notre région à l’heure actuelle. Parmi celles-ci, citons la gale sarcoptique, maladie de peau transmise par contact avec un renard infecté et due à un acarien, peut entrainer la mort de l’animal. Des renards malades sont ainsi plus en plus fréquemment observés dans certains départements comme en Haute-Savoie, dans le secteur d’Annemasse ou jusqu’à trois individus malades à l’allure pelée et famélique ont été simultanément capturés au piège photographique dans un passage sous l’autoroute (GILLES, 2017). L’échinococcose alvéolaire, quant à elle, n’est pas mortelle pour le canidé. Goupil peut parfois abriter ainsi plusieurs milliers de vers parasites dans son intestin. Cette maladie transmissible à l’homme et parfaitement soignable (une vingtaine de cas recensés par an dont la plupart transmis par les chats et chiens (MOUTOU, 2017, communication colloque renard) est d’ailleurs devenue un argument de plus en plus souvent utilisé pour désormais légitimer la destruction du renard roux.

De part son statut d’espèce gibier chassable, le renard roux peut être chassé à tir, à courre ou par vénerie sous terre. Lorsque celui-ci est en plus classé nuisible, il peut faire l’objet de mesures administratives de régulation à l’initiative des maires ou des préfets, sous l’autorité des lieutenants de louveterie, et peut devenir chassable pratiquement toute l’année, même en réserve de chasse et de faune sauvage. Pour exemple, 2634 renards ont été piégés et 2325 autres goupils ont été tués lors de la saison 2010/2011 dans le département de l’Ain (Source : Schéma départemental de gestion cynégétique du département de l’Ain 2012/2018). Pour le département de la Loire, ce sont entre 2000 et 4500 renards qui sont détruits chaque année pour la période 1997/2011 (Source : Schéma départemental de gestion cynégétique du département de la Loire 2013/2018). Notons aussi que l’usage de la Chloropicrine, gaz interdit en France car hautement toxique pour le sol et l’eau, est parfois encore utilisé pour tuer les renards et les blaireaux alors même que les jeunes sont encore au terrier ! (MERY, 2017). Malheureusement les destructions massives du petit canidé ne prennent pas en compte son rôle écologique pourtant de plus en plus reconnu: rôle sanitaire via la consommation de charognes ou d’animaux malades, maintien de l’équilibre prédateur-proies, protection des cultures par la consommation d’un très grand nombre de campagnols. Ainsi, dans les territoires ou le lapin est rare ou absent, un seul renard peut éliminer chaque année entre 3000 et 10 000 campagnols, proposant ainsi une alternative efficace et gratuite à l’utilisation de produits chimiques couteux et destructeurs. Une estimation  des économies réalisées par l’action de prédation des renards sur les campagnols fait état de plusieurs milliers d’euros /an /exploitation agricole  (BLACKBOURNE, 2014). Soulignons ici l’action novatrice et courageuse du  département de la Savoie qui a pris en compte ce rôle écologique et économique du renard en le déclassant des espèces dites nuisibles.

Il serait  désormais nécessaire de réaliser des études scientifiques poussées, locales comme globalisées, afin de confirmer et de solidement argumenter le rôle bénéfique du renard dans les agro-écosystèmes.

Le rôle bénéfique du renard dans la limitation de la maladie de lyme

 

La maladie de lyme est une maladie infectieuse due à une bactérie transmise à l’homme par l’intermédiaire d’une piqure de tique. Les tiques (Ixodes ricinus) contractent la bactérie de la maladie de Lyme (Borrelia sp) lorsqu’elles sont à un stade larvaire puis nymphal en se nourrissant du sang des rongeurs infectés (mulot sylvestre, campagnol roussâtre), véritables réservoirs de la bactérie.

En juillet 2017, le site The Royal Society publie un article sur la relation entre les prédateurs de rongeurs et la densité de nymphe de tiques vectrices d’infections. Sur une vingtaine de secteurs suivis aux Pays-Bas, il a ainsi été  observé moins de tiques infectées dans les secteurs ou les prédateurs de rongeurs sont nombreux (renards, mais aussi fouines). En effet, la présence de prédateurs limite les déplacements des rongeurs et par la même leurs  possibilités de rencontre avec les tiques, ces dernières se rabattant alors sur des espèces moins ou non porteuses de la bactérie (oiseaux notamment). Mécaniquement, le taux de tiques infectées baisse. Ainsi, dans les zones les plus peuplées en renards, les tiques infectées récoltées sur des rongeurs peuvent être jusqu’à 20 fois moins nombreuses !

Renard, Juillet 2017, ©Violene Gouilloux

Rédacteurs : Christophe GILLES et Luc MERY, novembre 2017